ARTICLE ECRIT EN BASSA PARU DANS

LE CAMEROUN CATHOLIQUE

de Juin 1944

"Conseil pour ceux qui reçoivent la dot de leur fille"

 (Traduction Sœur Alphonse-Emilienne, s.s.m.)

 

"A cause de sa gourmandise, le corbeau a perdu sa vie"

(proverbe)

Mes bien-aimés,

 

            Il y a de cela cinquante ans, Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1Tim 2, 4) a suscité dans le cœur du St Père Léon XIII l'idée de nous envoyer des prêtres afin de nous annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Pour que nous connaissions le seul véritable Dieu, et celui qu'il a envoyé, son fils Jésus-Christ (Jn 17, 13). Notre pays a accueilli avec joie la Bonne Nouvelle. Des milliers de gens se sont convertis par l'eau du baptême et de l'Esprit (Jn 3,5) pour devenir enfants de Dieu et de l'Eglise. Le Cameroun connaît des milliers de chrétiens aujourd'hui. Plus de cinquante prêtres noirs, de trois cents séminaristes. Les religieux et religieuses, on n'en connaît plus le nombre.

 

            Et cette allure faisait dire à Mgr Graffin : "Ici au Cameroun, la grâce du Saint Esprit ne fit que souffler comme le vent". Grâces soient à Dieu pour son ineffable don (II Cor 9, 15). St Paul dit : "Quiconque a reçu le baptême revêt le Christ ; qu'il laisse le vieil homme pour l'homme nouveau". Cette  personne ressemble à un crabe ramolli, à un serpent qui mue, il ne revient plus. Pour cela, le chrétien doit abandonner les habitudes païennes. St Pierre dit : "Le chrétien qui revient au vieil homme ressemble au chien qui retourne à son propre vomissement." (II P 2, 20-24).

 

            Chers frères, retourner en arrière, ce fait a laissé sur le dos du bœuf une bosse (proverbe). Ne retournez pas dans les pratiques anciennes. Abandonnez surtout cette histoire de dot. Elle est source de nombreux péchés. Elle sème du trouble dans les foyers chrétiens. Vous devez le savoir, un pays qui n'a pas de bons foyers chrétiens meurt. Ouvrez vos cœurs pour l'accepter. Dès lors, le chrétien qui aura pris la dot de sa fille afin de l'envoyer en mariage, a commis un péché grave. Pourquoi Mgr Graffin écrit-il : "Quiconque perçoit plus de cinq cent francs pour sa fille a fait du mal." Quelle est celui qui pourrait accepter de donner sa fille pour cinq cent francs ? L'Evêque ne peut tolérer de telles bêtises. C'est mettre Dieu en colère. Vous péchez plus en entraînant l'autre au péché. Qui a le droit de contredire que le fait de doter une fille avec de l'argent pousse le garçon et la jeune fille au péché. Les parents de la jeune fille ne doivent pas seulement privilégier leur côté, mais voir aussi celui du garçon car, à partir du mariage, celui-ci devient leur fils. "Les enfants sont gratifiés par Dieu" (Gen 33, 5). Dieu seul pourra récompenser les parents de la peine prise pour élever les enfants. Mais s'ils exigent une récompense de la part de celui qui épouse leur fille, ils ont déjà touché leur récompense de la part de celui qui épouse leur fille. Ils ont déjà touché leur récompense des cieux. Ils seront châtiés à cause de leur attachement à l'argent : "Car la racine de tous le maux, c'est l'amour de l'argent" (1 Tim 6, 10). Certains parents regretteront le fait. C'est très mauvais ! La fille est réduite à une simple marchandise. L'homme Bassa ignore-t-il cette appellation adressée aux filles : "Celle qu'on a achetée". C'est le même cas pour le garçon acheté. Pensez-vous donc que celle que vous estimez soit réduite à cet état : c'est une chose, un objet de vente. "Si quelqu'un détruit le Temple de Dieu, il sera détruit lui aussi. Le Temple de Dieu est sacré et ce Temple, c'est vous" (1 Cor 3, 17).

 

            Il peut y avoir inconduite avant le mariage. Surtout lorsque la jeune fille n'a pas encore trouvé un garçon ayant assez de moyens pour l'épouser. Cette inconduite peut se produire en début de la dot car ce temps est bien long. La jalousie, le mensonge, la haine, les mariages forcés sous le coup de la peur proviennent de ce que nous avons perçu une dot. Quel est l'homme Bassa qui ignore ceci ? N'a-t-il pas déjà vu de ses yeux ? Certaines gens pensent se laver les mains en disant : "Cela a toujours été comme cela", allusion faite au lavement des mains de Pilate. Je vous dis d'avance que le chrétien n'est plus l'homme de la "tradition" d'autrefois. Le serpent a déjà fait sa mue ; renonce donc à cette vie passée. Tu es chrétien : la tradition est obscure, toi lumière. La tradition n'a pas le Baptême, ni l'Eucharistie, ni la Grâce qui sanctifient, pardonnent les péchés, ni la Messe, encore moins l'Evangile, ni la vie éternelle en Dieu. Ce que la tradition a : les esprits et les revenants, les voyant, les fées de l'eau, le commerce mystique des hommes, la sorcellerie, le démon (Satan) et la confusion. Tu dois donc bien choisir. "A force de tenir dans son bec deux aliments, le perroquet en a perdu un." (Proverbe). Nul ne peut servir deux maîtres.

 

            Le chrétien qui renonce de prendre la dot de sa fille adore le Dieu Trinitaire Père, Fils, St Esprit. Celui qui manifesté l'amour envers son prochain parce qu'il a reçu une femme contre rien n'est pas ingrat. "Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir" (Act. 20, 35).  Le chrétien qui suit les enseignements des prêtres et évêques est heureux. Le Seigneur lui-même dit : "Qui vous écoute m'écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette celui qui m'a envoyé" (Lc 10, 16).

 

            Je sais, ce n'est pas facile, c'est bien peinant. Pourtant cette peine n'est pas au-dessus du martyr. Garder sa virginité pour toute sa vie n'est pas aussi chose facile comme le font les prêtres vos frères. Pourquoi ne pouvez-vous pas faire ainsi pour vos enfants, vous parents ? Si vous étiez le sol, vous ne pousseriez pas d'herbes ? Que faire dès lors ? Chaque paroisse doit former des chrétiens pour lutter contre la dot. Monseigneur vient d'ailleurs de le recommander pour tous ses chrétiens. Il s'agit de créer des comités appelés "Comité des Saintes Plaies de Jésus". C'est déjà fait à Edéa et porte beaucoup de fruits. Ceux-ci non plus ne doivent accepter la dot de leur fille s'ils en ont. Il doivent garder la chasteté. Celui qui marie la fille dans un village doit verser un peu de quelque chose à la banque comme symbole d'amour. Les villageois, à leur tour, doivent se réunir pour en discuter à la Paroisse.

 

            Mes bien-aimés ! A toutes les nations Dieu a donné des plantes (remèdes) pour les guérir de leurs maladies (Sap 1, 14). C'est dans les blessures de Jésus que nous trouvons la guérison Alors que tout le monde souffre de cette question de la dot, faisons confiance aux blessures de Jésus. Chers catéchistes, chers amis de la Confrérie Sainte Anne, Légionnaires de Marie, chers chrétiens, renoncez à cette pratique et faites preuve de votre foi.

 

                                                                                                                        Abbé Simon Mpeke