ARTICLE ECRIT EN BASSA PARU DANS

LE CAMEROUN CATHOLIQUE

de Août 1947

(Traduction Sœurs Alphonse-Emilienne et Marie Céline, s.s.m.)

 

"N’est-ce pas que c’est Mpek qui a tué Ndun ?"

 

Moi, Ngoyomba, que vais-je devenir, mon mari ?

N’est ce pas que c’est Mpek qui a tué Ndun ?

 

Moi, Ngoyomba, je me trouvais au village

Soudain je vis un esclave qui passait : Balam-Balam,

Moi Ngoyomba,, je demandai : A qui est cet esclave qui monte ?

Il me dit : Je viens t’annoncer une mauvaise nouvelle.

Ndun n’est plus le casque de Kele-Mpek,

 

Il me dit : Allons, debout !

Moi Ngoyomba, je montai sur le séchoir et ramassai des cailloux

Je les fracassai : bâba bâba

Je les mastiquai et m’en oignis le visage

Moi Ngoyomba, je pris un bâton, le jetai dehors.

Je m’égosillai

Je ramassai mon bâton et m’en fus.

 

En arrivant chez Kele Mpek

Je trouvai Ndun couché sur le dos, les mains sur la poitrine

Mon visage blêmit mes jambes vacillèrent

Moi Ngoyomba,je demandai : N’est ce pas que c’est Mpek qui a tué Ndun ?

 

Mpek s’enfuit en douce comme la tortue !

Mpek Bisek avait trompé Ndun :

Entre dans l’armée tu ne mourras pas.

Moi j’ai les gris-gris

Je vais te blinder ici, au village.

Moi Mpek Bisek, qu’est ce que je ne peux pas faire ?

 

J’ai mes fétiches et  ma flèche,

le chasse mouche et l’herbe qui convient.

Ndun, va, tu ne mourras pas !

C’est en le trompant que Mpek Bisek à tué Ndun.

Il dit : Ndun, prends ton fusil, ton épée

Et que l’arbre de vie rayonne.

Le repas de la vie était prêt.

 

Moi Ngo Yomba, j’avais suivi la scène, un peu à l’écart.

J’avais appelé Ndun, il ne m’avait pas entendu,

J’avais fait signe à Ndun, il ne m’avait pas vu,

J’avais parlé à Ndun, il ne m’avait pas écouté,

J’avais supplié Ndun, il n’avait pas accepté,

J’avais pleuré sur Ndun, il n’avait pas compris !

Les yeux de Ndun s’enfonçaient dans les orbites,

N’est ce pas que c’est Mpek qui a tué Ndun ?

Mpek Bisek utilise tes gris-gris,

Mpek Bisek prononce tes bénédictions,

Mpek Bisek consulte tes fétiches.

 

Ndun, oh quel malheur !

Ndun, qu’est-ce qui se passe ?

Moi Ngoyomba, je vais faire comment avec ma pauvreté ?

N’est ce pas que c’est Mpek qui a tué Ndun ?

 

Les pleurs de cette pauvre Ngoyomba

Envahirent le village ;

S’en est fini de Ndun, le vantard.

 

Ce sont les païens qui croient en l’existence des fétiches.

 

Mensonges que tout cela !

Les chrétiens qui cherchent à se blinder contre les sorciers

ne sont-ils pas plus bêtes que Ndun ?

Abbé Simon Mpeke