Cet article signé Simon Mpeke n'a probablement pas été écrit par lui, mais plutôt par l'abbé Henry de Julliot (cf. témoignage de H. de Julliot, Lumière du Monde Août 1976)

 

ARTICLE PARU DANS LUMIERE DU MONDE

Février 59

 

"Le Curé d’Ars vu du Cameroun"

 

En 1950 grâce au grand pèlerinage africain, j’eus le bonheur de voir Ars. Un guide nous fit visiter très aimablement ce qu’on montre d’habitude à tous les pèlerins. Comme tous mes compagnons, je fus frappé par les récits merveilleux des pénitences du saint curé dont nous regrettions intérieurement l’absence. Presque partout j’étais assailli par cette question importune : « Et toi, curé comme lui? » .

N’ayant pas beaucoup lu sur le Curé d’Ars, et ayant encore moins retenu, je me contente de livrer l’idée que je me fis alors de la sainteté du curé d’Ars. Il fut un saint réaliste. Il se sanctifia dans le cadre de sa mission. Chargé d’une petite paroisse, sa sainteté reflète son milieu. Jean-Marie s’était tellement identifié à sa paroisse que même aujourd’hui c’est lui qu’on désigne quand on parle du « curé d’Ars ». Il avait su reproduire l’image de son Maître qui porta le nom de sa Mission de « Sauveur » en vivant et en portant le nom de sa mission à lui, celle de « curé ».

C’est en voulant sanctifier ses paroissiens, son presbytère, son église, son ministère qu’il s’est lui-même sanctifié. Il priait dans son église paroissiale, était à son confessionnal, dans sa chaire. Il se donnait la discipline dans sa chambre. Ce sont ses paroissiens qui témoignent de ses jeûnes, de ses luttes nocturnes avec le « Grappin ». Sa sainteté était devenue une sainteté sacerdotale et communautaire, une sainteté de curé. Elle est restée un patrimoine d’Ars mais l’exemple donné par le curé d’Ars est d’une portée universelle. Il n’est donc pas étonnant que l’Eglise l’ait constitué modèle et patron de tous les curés de l’univers catholique.

Mon milieu africain n’est certes pas identique à celui où le saint curé exerçait son ministère, mais même en France les choses ne se présentent plus aujourd’hui comme de son temps. Pourtant, la participation au sacerdoce éternel du Christ, la charge d’âmes m’obligent, en m’identifiant au curé d’Ars, de réviser mon comportement : « operari sequitur esse ». Ce que je trouve en moi ? Je n’ose le dire. Mais l’exemple du curé d’Ars m’encourage. Je crois qu’il ne doit pas être absent dans le développement et les luttes de nos jeunes Eglises d’Afrique. Qui pourrait jamais dire l’origine de ces œuvres missionnaires qui naissent et fleurissent en France et dont le centre de plusieurs se trouve à Lyon ?

Qu’on veuille m’excuser de terminer par où j’aurais dû commencer. Je suis un païen converti et fils de parents païens. J’ai été baptisé après catéchuménat en 1918. Je suis prêtre depuis 1935 et curé depuis 1948 d’une paroisse de plus de 22.000 catholiques : la paroisse de New-Bell, dans la banlieue de Douala. La pensée qu’il y avait encore près d’un million de païens dans le Nord du Cameroun m’a déterminé à demander à mon évêque l’autorisation d’aller travailler, avec les quelques missionnaires qui s’y trouvent déjà, à l’Evangélisation de ces païens. Je quitterai la semaine prochaine le Sud-Cameroun, où le nombre des chrétiens est déjà élevé - 700.000 - et pourtant ce chiffre est inférieur à celui des païens du Nord-Cameroun : pauvres et abandonnés.

Je me plais à trouver ici l’occasion de recommander ce nouveau champ d’apostolat à la protection du curé d’Ars et aux prières de tous les amis des Missions.                                                     

Simon MPEKE