Brouillon de lettre à Mgr Tonyé (Avril 1975) contenant :

1/ Une réflexion à propos de l'aide du diocèse de Douala à la mission de Tokombéré,

2/ Remarque concernant le travail et la situation des Sœurs Servantes de Marie

3/ Un avis sur le rôle des prêtres camerounais dans l'évangélisation du Nord.

(l'original, brouillon manuscrit, se trouve chez Monsieur Jean Baptiste Baskouda)

 

 

            Douala, 6 avril 1975

 

 

Monseigneur,

 

            Comme vous me l'aviez demandé, je mets par écrit les trois points essentiels de notre conversation.

 

1. L'aide matérielle du diocèse de Douala à la Mission de Tokombéré. Elle se concrétisait dans le diocèse sous forme de quête annuelle pendant le Carême et rapportait une moyenne de 300.000 Fr répartis à Tokombéré en trois parties égales : Pères, Sœurs, Internat filles et garçons.

Cette aide répondait à une organisation de fait dans les Missions du Nord, où chacune se trouve soutenue régulièrement par autre chose que par la pension du diocèse réellement insuffisante : 10.000F par exemple pour la pension mensuelle alimentaire…

Cette aide répondait donc à un besoin réel de la Mission de Tokombéré en même temps qu'elle ouvrait les chrétiens du Sud aux réalités du Nord. La reprise officielle de cette quête paraît donc plus que souhaitable car elle souligne aussi l'aspect collégial et exprime bien le vœu de l'évangélisation de l'Afrique par les Africains.

A cette fin j'ai suggéré la quête annuelle par doyenné, à tour de rôle. Le doyenné sollicité sera exonéré des autres quêtes du même genre, diocésaines ou pontificales. Un membre de l'équipe missionnaire de Tokombéré pourrait venir à cette occasion animer cette quête dans le doyenné.

 

2. Sœurs Servantes de Marie :

a) Vu le temps restreint de leur séjour, leur nombre et le champ d'apostolat en perspective, les Sœurs ne peuvent plus continuer à se soustraire à leurs devoirs d'état pour se livrer aux préparations des examens pour obtenir les "diplômes du Nord".

b) Le travail essentiel qu'on demande à toutes les Sœurs de Tokombéré est l'apostolat direct subordonné au prêtre responsable du secteur envisagé et l'animation rurale des milieux les plus pauvres du Cameroun.

c) D'après leur contrat, la pension consentie par le Diocèse à la Communauté des Sœurs est relative au nombre des bénéficiaires et non à la qualité de leurs fonctions, y compris l'enseignement qui dès lors n'apporte aucun avantage matériel spécial aux Sœurs Servantes de Marie à Tokombéré.

d) Il faudra désormais éviter de faire de Tokombéré une communauté disciplinaire ; car la plupart des Sœurs y arrivent après un  échec immédiat de vie communautaire. Les Sœurs qu'on envoie à Tokombéré doivent être préparées à leur Mission préalablement et un échange de lettres sur les besoins réels de Tokombéré serait avantageux. Or jusqu'ici les Sœurs  semblent avoir été envoyées "sans préavis" –  en "monte sans payer" dont le ton de surprise et de soudaineté imprime à la mission un état désagréable.

e) En ce qui concerne l'école, les Sœurs en seront toujours gardiennes des archives et des finances ; quant à l'enseignement elles devront au préalable avoir des diplômes exigés et avoir des aptitudes. A ce sujet, Sœur Marie Victorine ne saurait être encore directrice de l'école de Tokombéré, le complexe créé par l'absence de diplôme a trop marqué sa 1ère année.

 

 

 

Au sujet de l'abbé J. Laurent Penda, Mgr lui permettra d'aller à Tokombéré l'année prochaine pour deux ans. L'année prochaine on compte lui trouver un remplaçant.

A cette occasion, qu'il me soit permis de dire ce que je pense des prêtres camerounais que les Evêques camerounais pourraient envoyer à Tokombéré et au Nord en général. On me l'a souvent dit : "Pour aller au Nord, il faut une vocation spéciale".

Evidemment personne ne peut défendre au Saint Esprit de donner ses grâces même extraordinaires – mais je pense et tout le monde est de mon avis, qu'actuellement l'évangélisation d'Afrique incombe naturellement au clergé africain. Le Nord Cameroun est donc  pour le clergé séculier et régulier du Cameroun une nouvelle dimension de leur champ d'apostolat naturel. Il faut certes des dispositions pour aller au Nord, mais il me semble qu'elles sont du même genre que celles que l'Evêque exige du prêtre à qui il veut confier une mission dans son champ d'apostolat. Or je le crois, c'est pourquoi je le déclare : l'Apostolat du Nord appartient en premier lieu aux Evêques Camerounais. Autrement je ne vois pas pourquoi les Evêques du Nord  s'adresseraient particulièrement à eux pour l'évangélisation du Nord, cette démarche en exprimant l'aspect collégial souligne le souci d'indigénisation qui est la spécificité. C'est au clergé camerounais d'être missionnaire du Cameroun et de se faire aider par d'autres missionnaires.

D'ailleurs j'ai vu des prêtres dont le désir de venir au Nord a été étouffé, et l'Evêque avait joué son rôle normal je crois, sans se croire en face d'une vocation "spéciale".

Je ne pense pas que la Mission de Tokombéré qui est le seul pied à terre apostolique du clergé camerounais au Nord, dépasse pour vivre spirituellement et matériellement les possibilités du Sud si l'on s'entendait.

Si l'on voit le poids du quart de la population du Nord islamisé, on ne peut rester indifférent devant ce problème de l'évangélisation du Nord vu dans sa claire objectivité. Si Mgr Vogt n'avait barré la route à l'Islam en envoyant des Missionnaires à Bafia avec des consignes précises !… C'est une urgence prioritaire à mon avis devant laquelle tout retard est préjudiciable et toute créativité africaine devra jouer à fond…

 

                                                                                    Laudetur J.C.