PREFACE DE

"ON L'APPELAIT BABA SIMON"

Par Jean-Baptiste Baskouda

 

BABA SIMON, LE PERE DES KIRDIS paraissait à Paris aux Editions du CERF, en Septembre 1988. Présenté sous forme de témoignage personnel, cet ouvrage constituait en réalité un geste de reconnaissance basé sur le devoir de mémoire d’un enfant kirdi comblé par les bontés d'un homme de Dieu venu du lointain Sud‑Cameroun

 

Estimant à l’époque que cette monographie juvénile ne pouvait représenter qu’un travai1 parcellaire, j’exprimais dés les premières pages, le désir ardent de voir d’autres témoins venir combler mes insuffisances. Car, j'étais profondément convaincu qu'il en fallait davantage et bien mieux pour rendre justice a 1a fabuleuse vie de cette emblématique figure du clergé camerounais que fut le R.P. Simon MPEKE.

 

Ce vœu est enfin exaucé douze ans après. Gloire et louange soient rendues â 1’Éternel. Lui qui a su guider les pas du Père Grégoire CADOR, actuel vicaire à la mission catholique de Tokombéré.

 

Illustre inconnu, dira‑t‑on dans l’entourage de BABA Simon. Français de nationalité, jeune et frais, débarqué à Tokombéré une quinzaine d'années après le départ du patriarche, on pourrait affirmer que Grégoire CADOR n’est pas la personne la mieux indiquée pour parler avec autorité de BABA Simon, 25 ans après sa mort.

 

Qualifié ou pas, Grégoire CADOR vient de lever là un grand défi en nous proposant, au seuil du premier jubilé du troisième millénaire un titre évocateur : ON L’APPELAIT BABA SIMON. L’auteur ressuscite ainsi la mémoire vivante d'un personnage du passé dont 1a grandeur d'âme et les bonnes œuvres se conjuguent encore merveilleusement au présent de l’indicatif.

 

En effet, comment donc être citoyen de Kudumbar (Tokombéré), le lieu de combats, et avoir des oreilles sans entendre des yeux sans voir, un cœur sans sentir la présence permanente voire envahissante des combats menés par BABA Simon pour la promotion de l’homme et 1a g1oire de Dieu ? Il y a encore aujourd’hui comme une espèce d'ombre bienveillante du prophète aux pieds nus qui plane et veille sur ce vil1age vivant et respirant l’air d’une grâce prodigieuse.

 

« BABA Simon a donné sa vie pour que nous vivions et grandissions. Il est devenu notre kulé (sacrifice) », ainsi proclament aujourd’hui les enfants de 1a montagne. Un credo qui ne laisse personne indifférent.

 

Placé au centre de ce lieu de combats Grégoire CADOR ne pouvait échapper, outre mesure à cette loi de l'évidence. A Tokombéré, BABA Simon n’est pas un mythe. BABA Simon n'est pas mort. I1 vit et fait vivre nos âmes. Il anime, d'année en année, nos gestes et nos paroles de chrétiens. Grégoire CADOR est venu, il a vu et, bien qu'étranger, il a cru.

 

Par rapport à tout ce qui a été dit et écrit sur la vie de BABA Simon, son travail a le mérite du souci de la recherche des vérités authentiques qui légitiment ainsi les paroles et les faits attribués par 1a légende à BABA Simon.

 

Les nombreux témoignages, la documentation abondante, variée et bien sélectionnée, dégagés tout au long de cet ouvrage chronologiquement monté, fondent, telle une belle pièce de théâtre classique bien inspirée et bien rendue, une unité de pensée et d'action extraordinairement cohérente dans le temps et dans l’espace. Un caractère que ni les péripéties ni l'usure n'ont pu déformer, sinon perfectionner, dans sa longue marche sur les chemins de 1a vie.

 

En plusieurs actes, du séminaire de Yaoundé à Tokombéré, en passant par Ngovayang et New‑Bell à Douala, BABA Simon est resté déterminé dans sa recherche de Dieu et sa soif de la fraternité universelle.

 

Au séminaire déjà, son sens des responsabilités et son amitié pour les plus petits et les plus faibles étaient bien remarqués.

 

A Ngovayang, silencieux et méditatif, il puisait dans la prière sa force pour redresser une œuvre missionnaire en déclin et défendre le droit légitime du peuple Ngumba, minorité ethnique et linguistique. Comme Abbé indigène, il évoluait en brousse, très près de la vie des aborigènes (Pygmées). Fort de sa rigueur morale dans la simplicité et l’humilité, il trônait au-dessus des tribus pour arbitrer des palabres avec sagesse et humour. Son goût du travail et de l'effort soutenu faisait de sa vie un don tout gratuit qui ne connaissait pas la 1imite de ses forces quand il s’agissait de rendre service.

 

A New‑Dell (Douala), en vrai pasteur il rassemble des brebis venues de toutes 1es régions du pays, donne du temps aux malades, aux prisonniers, aux pauvres et aux misérables, devient assidu aux prières et aux longues méditations après son expérience d’ermite à EL‑ABIODH en Algérie, au contact des Frères de Jésus. Partout, i1 cultive le mythe de 1a dignité et a 1a vulgarité en horreur.

 

A Tokombéré, il opte pour une vie radicalement donnée et spirituellement accomplie dans le respect des différences culturelles et l'exigence de justice. Au contact des païens, il redécouvre le véritable sens de l'Evangile comme annonce de 1a Bonne Nouvelle aux pauvres. En jetant le pont entre le Nord et le Sud du Cameroun, il veut pouvoir donner un visage à la fraternité universelle en tirant un trait d’union entre païens, musulmans et chrétiens.

 

Loin de s’installer dans 1a routine de la carapace de sa formation classique, BABA Simon a investi, jour après jour, jusqu'à sa mort, dans la recherche et la découverte de Dieu. Ce qui fait de lui un chercheur infatigable de Dieu qu'il voyait en tout homme et en toute chose

 

Pour ma part, permets‑moi mon cher Grégoire, d’étaler tout le soulagement ressenti à 1a suite de 1a lecture de ton ouvrage. Je suis spécialement heureux de constater que ta contribution ne dénie aucune des valeurs reconnues jusque‑là à BABA Simon

 

Accepte pour cela mes félicitations et mes sincères remerciements. Je remercie d'avance ceux qui, demain, grâce a leurs témoignages vivement souhaités, pourraient nous entraîner dans l’immense aventure des miracles de BABA Simon source de la nouvelle spiritualité africaine.

 

Jean Baptiste Baskouda