Brouillon de lettre à la Révérende Mère …?…(non daté) contenant

Une description de la situation très précaire des populations kirdi, de ses raisons et des solutions qu'on pourrait éventuellement y apporter.

(l'original, se trouve chez Monsieur Jean Baptiste Baskouda)

 

 

Chaque année, l'insuffisance de mil se fait durement sentir dans nos régions du Nord durant les mois d'Août, Septembre, Octobre. Cette période de famine chronique est désignée ici, chez les Mada, sous l'expression : "afa omboul mboua" le temps du 9ème mois, qui dans le calendrier mada correspond au mois d'août. Cette époque est très pénible. Elle coïncide avec le moment unique des cultures simultanées de mil, d'arachide et de coton. C'est encore l'époque où le mil soigneusement stocké se vend le plus cher et sans contrôle.

 

Très nombreux et ne vivant essentiellement que de mil, les habitants des Monts Mandara sont parmi les principales victimes de cette crise alimentaire exploitée.

 

La cause principale – pas unique – de ce fléau chronique me paraît bien être pour nos montagnards l'insuffisance des terres de culture dont ils disposent dans leur massif rocheux quand ils descendent dans la plaine qui ne leur appartient pas.

 

Chaque année, presque tous les Kirdis descendent dans la plaine et payent la location annuelle des terres qu'ils cultivent. Généralement ils s'engagent au moins pour acquérir les terres nécessaires pour leurs cultures principales : le mil et l'arachide : 2 cordes environ 2 ha pour 6000 F. Le revenu annuel de l'acheteur ne dépassant pas, selon les experts, 4000 F limite son pouvoir d'achat. Il s'ensuit que généralement à la montagne un champ de mil ne suffit pas, ni même à la plaine, à nourrir le groupe, cela conduit dans l'impasse signalée plus haut. C'est au champ d'arachide de combler et d'assurer les dépenses exigées pour les besoins divers, y compris les charges sociales. Or, quand arrivera le fameux 9ème mois, les arachides seront encore en terre. Une seule solution se présente : emprunter de l'argent pour acheter du mil. Notre ventre affamé trouvera facilement des gens pour lui porter secours, parfois son locataire même. On lui donnera de quoi lui acheter un sac de mil par exemple, qui coûte actuellement au marché de Tokombéré 4000 F. Mais les 4000 F sont de fait placés à 100% d'intérêt. C'est la coutume généralisée, une mauvaise coutume évidemment. Un autre mode de paiement que les Kirdis acceptent consiste à s'engager à payer la terre avec des arachides décortiquées, au moment de la récolte où ce produit se vend le moins cher, soit 20 à 25 F l'agoda de 1 kg à Tokombéré. Ainsi notre cultivateur devra, à la récolte, donner selon le coût 200 ou 160 agoda d'arachides décortiquées pour rembourser 4000 F. Ces mêmes arachides stockées seront vendues comme c'est le cas actuellement à Tokombéré, entre 60 et 100 F l'agoda !….

 

Dans l'euphorie générale des récoltes qui se succèdent, le Kirdi vendra ce qui lui reste d'arachides au plus bas prix, pour ses besoins essentiels, sauf pour celui de combler dès maintenant ce qui manquerait de mil à son grenier pour traverser paisiblement la prochaine "période du 9ème mois". Bien plus, il diminuera lui-même ses possibilités d'indépendance en puisant dans son grenier pour répondre et faire face aux fêtes et sacrifices variés que les sorciers multiplient.

 

Ainsi limité, dépouillé et aveuglé, le Kirdi de la montagne, comme celui de la plaine, n'avance pas, ou s'il peut avancer, ce sera comme un pauvre piéton dans une caravane de cavaliers. Quel remède apporter à cette situation ?

 

1. A côté des champs et des greniers particuliers, favoriser l'initiative de "greniers en commun" sur la base d'un champ en commun. Le grenier en commun sera essentiellement un grenier à mil. Le grenier en commun sera donc alimenté par du mil provenant directement ou indirectement d'un champ travaillé par un petit groupe de 3 à 5 personnes. Il est destiné à aider les intéressés à sortir de la crise alimentaire chronique en formant les membres à voir, à juger et agir dans le cadre agricole et familial.

 

2. Il y a beaucoup d'autres solutions possibles à l'échelle des responsabilités sociales respectives… (ici s'arrête le brouillon)